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Clash dans le secteur des aspirateurs : que faut il en retenir ?

Jamais avare en sortie publique tonitruante, Sir Dyson accusait il y a 3 semaines son concurrent Bosch-Siemens d’être le "Volkswagen" des aspirateurs. La semaine dernière, le groupe allemand contre-attaquait en annonçant qu’il allait déposer plainte contre Dyson. Mais comment séparer la vérité de la stratégie de communication ? Que faut il retenir de cette polémique ?

Disons le d’emblée : Sir Dyson a tord quand il compare Bosch-Siemens à Volkswagen : Si ce dernier a bel et bien triché, les concurrents allemands de l’industriel anglais respectent les règles. Et c’est l’élément intéressant de cette polémique.

Dyson a raison quand il dit que Bosch trompe les consommateurs, et ce n’est d’ailleurs pas le seul. Les aspirateurs sont en effet testés avec des sacs vides : c’est le protocole de test en vigueur qui l’impose. Quand un consommateur regarde l’étiquette énergie d’un aspirateur, il pense tout naturellement que c’est sa consommation "normale". Malheureusement, certains produits sont équipés d’un capteur qui augmente la puissance de l’aspirateur au fur et à mesure du remplissage du sac. Si la qualité d’aspiration est (plus ou moins) maintenu, l’étiquette énergie perd elle une grande partie de sa signification car la consommation augmente au fur et à mesure que le sac se remplit ! On peut observer des dérives similaires dans certains produits blancs, même si le "truc" n’est pas aussi évolué que pour les aspirateurs. C’est par exemple le cas pour certains produits équipés d’un "réglage éco" et dont l’étiquette énergie est évaluée sur cette base. Mais si l’utilisateur décide de ne pas utiliser ce réglage éco (qui peut parfois être dissimulé ou difficilement mis en oeuvre par le consommateur), la performance peut radicalement se dégrader.

Faut il alors accuser les industriels ou les règles en vigueur ? Les tests en laboratoire ne devraient ils pas refléter la réalité ? Sir Dyson a encore une fois ici raison et tort à la fois. Les standards de test ne reflèteront jamais la réalité, celle-ci changeant d’un ménage à l’autre. Autre élément, financier celui-là : rendre les tests plus proches de la réalité implique une augmentation des coûts (car plus de complexité) qui se répercutera forcément au final sur les consommateurs. Un arbitrage doit donc intervenir à un moment donné, les éléments non négociables étant d’assurer une concurrence loyale entre acteurs et une comparabilité des produits entre eux par le consommateur.

Au delà des problèmes de "mode éco" et de faible place laissée à la société civile dans les instances définissant les méthodes de test (dominées par l’industrie), nous sommes d’une manière générale relativement satisfaits des protocoles de test en vigueur dans les règlements écoconception et étiquette énergie. Il y a bien sûr des failles et celle soulevée par Dyson en est typiquement une. Comme par le passé pour d’autres produits, les standards de test doivent évoluer pour prendre en compte l’innovation : c’est ce qui est en train de se passer pour les aspirateurs, la Commission européenne suggérant de les tester avec des sacs partiellement remplis au lieu d’être totalement vides. Le fait que la Commission ne puisse que soumettre l’idée aux organismes de normalisation (en charge de la définition des protocoles de test) et pas l’imposer peut paraître inquiétant. Si nous ne suggérons pas de transférer ce travail au législateur -la définition de standards exige des connaissances que seuls les industriels et quelques autres acteurs ont, il est néanmoins nécessaire d’introduire plus de transparence dans ces processus. Donner la possibilité à la Commission européenne de se saisir directement des dossiers polémiques comme celui des aspirateurs est une autre piste à développer.

Autre problème : celui des tolérances et des abus qui y sont liés qui permettent de surévaluer la performance énergétique de certains produits. Les marges d’erreur acceptables lors des tests se justifiaient à l’époque par l’aspect imparfait des tests et la variation de la qualité sur les lignes de production. Les temps ont heureusement changé et ces problèmes ont disparu : c’est notamment pour cela que les Etats-Unis n’acceptent plus aucune tolérance. Nous attendons toujours que l’Europe en fasse de même.

Ne jetons cependant pas le bébé avec l’eau du bain. Les dernières données relatives au marché des aspirateurs témoignent de sa transformation majeure induite par la règlementation européenne. Auparavant bloqués dans une course marketing à la surpuissance, les industriels ont accueillis avec soulagement cet encadrement. Un cas qui illustre parfaitement que le marché seul ne peut à lui seul résoudre tous les problèmes.

Aucun système n’est parfait : les directives d’écoconception et d’étiquette énergie ne font pas exception. Néanmoins, les règles qui en découlent permettent depuis plusieurs années aux consommateurs de comparer les produits et d’engranger une quantité massive d’économies d’énergie sans sacrifier la quantité de produits disponibles ou la performance de ces derniers.
Pour ce qui concerne les problèmes parfois rencontrés, les solutions sont simples : des standards de test plus résiliants et des autorités de surveillance capable de faire respecter les règles afin que les bons industriels puissent continuer à travailler et que les mauvais soient sanctionnés. La France est à ce sujet loin d’être exemplaire.



Les billets de ce blog ne représentent pas nécessairement le point de vue de toutes les associations partenaires.

 

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