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Pointe électrique : l’efficacité énergétique toujours oubliée

La vague de froid que subit la France depuis plusieurs jours a fait resurgir le sujet hivernal récurrent de la pointe électrique. Son intensité exceptionnelle (2 records en 2 jours !) a souligné cette année plus que les autres la fragilité de notre système énergétique.

Quelques chiffres

30% des logements chauffés à l’électricité

75% des logements neufs construits équipés de chauffage électrique (depuis 2000)

Record d’appel de puissance hiver 2009/2010 : 92 300 MW

Record d’appel de puissance hiver 2010/2011 : 96 710 MW

Record d’appel de puissance en 2012 : 101 700 MW

30% de la pointe due au chauffage électrique (moyenne hivernale)

60% de la pointe due au chauffage électrique lors des épisodes extrêmes

Les causes bien connues

Les causes de cette pointe électrique de début de soirée sont bien connues : besoins d’éclairage, utilisation des produits bruns (télévisions), gris (ordinateurs) et blancs (lave-vaisselle, lave-linge, sèche-linge, etc.). A cela s’ajoute l’utilisation de plus en plus forte du chauffage électrique dont la "part de marché" ne cesse d’augmenter depuis les années 70/80. Enfin, l’installation massive de Pompes à chaleur (PAC) aux rendements médiocres depuis les années 2000 ne vient pas arranger les choses : lorsque les températures deviennent négatives, une PAC se met en sécurité et se comporte comme un convecteur électrique "classique".

Les conséquences aussi

Tout cela a un coût :

• Un coût environnemental tout d’abord : pour répondre aux pointes de consommation dues au chauffage électrique, le système électrique français exige l’importation de production fossile (d’Allemagne notamment). Le MWh d’importation peut ainsi dépasser 100 €.

• Un coût social ensuite : les logements insuffisamment isolés et équipés de chauffages électriques (kWh plus cher que celui produit par les autres technologies) sont le lot commun des ménages pauvres ou modestes. Ces derniers sont donc principalement touchés et sont bien souvent obligés de passer ces jours dans des conditions exécrables voire dangereuses pour la santé.

• Un coût économique enfin : si la France exporte de l’électricité de base, à bon marché, elle importe de l’électricité de pointe à un prix élevé. Les consommations électriques destinées à produire de la chaleur valent de fait beaucoup plus cher et sont donc subventionnées par les autres consommations d’électricité (dites spécifiques). À cela s’ajoute les investissements toujours plus importants pour le renforcement du réseau pour lui permettre de faire face aux conséquents appels de puissance (selon RTE, la sensibilité au froid du réseau français est de 2300 MW / °C, soit autant que tous les autres pays de l’Europe réunis).

A la recherche des solutions perdues

Dans le brouhaha médiatique sur l’enchaînement de records vécu ces jours-ci, il n’a malheureusement jamais été question des solutions de long terme à apporter. Elles sont pourtant connues de longue date : la sobriété et l’efficacité énergétiques.
Si RTE fait appel à la sobriété ponctuelle des habitants de Bretagne et PACA pour éviter qu’ils ne se retrouvent sans électricité, cette solution trouvera bien vite ses limites face à l’aggravation continue de cette pointe.

Bien évidemment, améliorer l’efficacité énergétique des appareils électriques est une des pistes à explorer et c’est le sujet principal de ce site : produits bruns, gris ou blancs, tous possèdent à leur échelle un potentiel d’amélioration. Malheureusement, ils représentent dorénavant la minorité du problème face au développement du chauffage électrique (interdit de fait dans les bâtiments neufs, toujours autorisé en rénovation).

Ce problème du chauffage électrique est unique en Europe, à tel point qu’il n’est pas considéré comme un moyen principal de chauffage au même titre qu’une chaudière ou une PAC dans la Directive Ecoconception (il est classé dans la catégorie "chauffage d’appoint"). Cet enjeu doit dès aujourd’hui être pris au sérieux. Son interdiction à la vente, dans le neuf comme dans l’existant, est une première étape. Un vaste de plan de rénovation énergétique des bâtiments en est une deuxième.

Pour plus d’informations, l’excellente étude de l’association negawatt sur la pointe électrique est toujours disponible ici.

Egalement le dernier communiqué de presse du CLER.



Les billets de ce blog ne représentent pas nécessairement le point de vue de toutes les associations partenaires.

 

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