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Union Française de l’électricité : "se chauffer à l’électricité, c’est bon pour le climat". Pas si vite !

Les promoteurs du vecteur électricité prennent parfois des libertés avec la réalité pour mettre en avant leur "produit". Dernière preuve en date : l’article de l’Union Française de l’Electricité.

Intitulé "se chauffer à l’électricité, c’est bon pour le climat !", le billet de blog multiplie les approximations :

- plusieurs chiffres sont mis en avant pour vanter l’aspect peu carboné de l’électricité made in France. Malheureusement, ces derniers n’ont rien à voir avec le contenu carbone d’un kWh du chauffage électrique. Aujourd’hui, un chauffage à effet Joule émet officiellement 180 grammes de CO2 par kWh. Cette valeur est en cours de révision et devrait...augmenter pour se rapprocher de celle du chauffage au gaz (environ 10% inférieure seulement). En effet, contrairement à ce qu’insinue l’UFE, la France n’est pas une île coupée du monde. Notre réseau électrique est connecté à celui de nos voisins., et tant mieux : lorsque la France sur-consomme, en particulier pour répondre au besoin de notre chauffage électrique, ce sont essentiellement des centrales très polluantes, souvent implantées à l’étranger, qui répondent à ce besoin de pointe. Cette consommation électrique supplémentaire destinée au chauffage est donc particulièrement polluante. Il faut néanmoins rendre à César ce qui appartient à César : il est vrai que la technologie pompe à chaleur, si elle est performante, peut diviser par 4, 5 voire 6 cette valeur et peut s’avérer "bonne pour le climat" ;

- s’il est intéressant de noter le glissement sémantique de l’UFE qui ose même employer le terme de "grille-pain", il faut néanmoins relativiser l’information selon laquelle un chauffage à effet Joule moderne consomme "beaucoup moins" qu’un chauffage des années "70-80" : d’après la Commission européenne, le gain est au maximum de 30% entre un produit premier prix et "la meilleure technologie disponible". Il n’y a donc guère de différence entre le « grille-pain » d’hier et le rutilant panneau radiant présenté comme une grande avancée technologique ;

- il est à plusieurs reprises mis en avant la capacité des nouveaux produits à effet Joule à s’effacer lorsque la demande d’électricité est très forte pour lisser la courbe d’appel de puissance et limiter la consommation électrique de pointe grâce au stockage de chaleur. Cela parait logique dans la mesure où l’UFE représente des producteurs/distributeurs d’électricité. Il faut néanmoins rappeler que l’effacement de consommation n’existe qu’à échelle extrêmement réduite. Le dispositif censé le favoriser à été censuré par le Conseil d’Etat suite à une plainte d’UFC-Que Choisir qui estimait que les consommateurs seraient lésés. Le modèle économique de l’effacement est donc à revoir mais cela risque bien de déplaire à plusieurs membres l’UFE. Plusieurs d’entre eux s’entêtent d’autres part à lutter contre toute ambition en matière d’économies d’énergie, leur but étant il est vrai d’optimiser leur outil de production, pas de réduire leurs ventes d’électricité. Cependant, ils entretiennent volontairement une confusion entre « effacer les pointes » c’est-à-dire reporter une consommation de quelques minutes ou quelques heures, et économiser l’énergie (c’est-à-dire supprimer des consommation par l’efficacité ou la sobriété) ;

Enfin et c’est peut être le plus problématique : l’utilisation détournée de l’étiquette énergie en tant qu’illustration. Avant que la Commission européenne abandonne l’idée d’étiqueter le chauffage électrique (sous la pression notamment de certains distributeurs d’électricité), les projections officielles donnaient au chauffage à effet Joule une note oscillant entre G pour le "grille-pain" et D pour la meilleure technologie disponible. Loin du A affichée par l’illustration de l’article de l’UFE...On peut d’ailleurs fortement s’interroger sur l’honnêteté et la légalité de cette image dans la mesure où la directive étiquetage énergétique interdit ce genre d’utilisation détournée.

[EDIT 06/06/16] suite à la parution du présent article, l’illustration de l’article de l’UFE a été modifiée.

En jouant sur l’ambiguïté du terme "chauffage électrique" et en ne distinguant pas clairement la technologie à effet Joule de celle de la pompe à chaleur, il crée de la confusion dans le secteur des systèmes de chauffage qui a au contraire besoin de clarté.

Un bon dessin valant mieux qu’un long discours :

BAT : Best available technologies ou, en français, meilleures technologies disponibles sur le marché.

Enfin les problématiques du chauffage à effet Joule ne sont pas seulement environnementales : elles sont aussi économiques et sociales.



Les billets de ce blog ne représentent pas nécessairement le point de vue de toutes les associations partenaires.

 

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